L’hebdomadaire LA VIE titre, dans son numéro du 21 avril dernier : « Italie : Un crucifix certifié conforme à la laïcité » (sic). Il explique, en introduction, que le crucifix est « l’élément central de l’identité italienne », et que sa présence dans les lieux publics fait consensus. C’est oublier bien vite une partie de l’opinion publique qui a toujours été contre la présence de crucifix dans les lieux publics.
Une mère de famille, Soile Lautsi, en 2006, porte plainte contre le gouvernement italien. Elle considère qu’un crucifix dans la salle de classe de ses enfants constitue une « discrimination » et une « coercition idéologique ». Nous ne pouvons qu’être d’accord avec elle : pourquoi ce signe religieux dans la sphère publique où se trouvent également des familles athées, agnostiques, arabes, juives ?
La Cour européenne des Droits de l’Homme lui donne naturellement raison en 2009, et cette première décision met le feu aux poudres en Italie et les dabats vont bon train.
Las, le premier secrétaire du principal parti de gauche et ancien communiste Pierluigi Bersani lâche, selon La Vie : « Je pense que le bon sens finit parfois par être victime du droit. Une tradition comme celle du crucifix ne peut offenser personne. » Et l’Italie de parler de patrimoine culturel, de se déclarer à 97 % catholique, le catholicisme étant le ciment de l’identité nationale !
La « tradition » renvoie ici à une tradition figée et cantonne les peuples en soumission. Une tradition doit être mise à jour en permanence. Mais la religion, dogmatique par essence, ne peut admettre de mises à jour.
La suite est scandaleuse. La Cour européenne des droits de l’homme, sous pression lobbyiste, dans un verdict définitif rendu le 19 mars dernier, juge que « la présence du crucifix dans les salles de classes italiennes ne viole ni la liberté de conscience et religieuse des élèves, ni celle d’éducation des parents ».
Le Vatican salue alors « un choix important et historique reconnaissant le crucifix comme un élément central de l’identité italienne ». Cet avis, comme l’écrit LA VIE, est partagé par « la quasi-totalité de la classe politique ». On ne voit pas en quoi cela donne crédit à la décision de justice, et, en tant que français, on peut bien être éclairé sur le concept de laïcité.
Du coup, devant le silence total de la gauche italienne, et fort d’une logique européenne, le parti de la Ligue du Nord veut les rendre obligatoires en Lombardie.
Gianfranco Fini, issu des rangs de la droite ultraconservatrice a beau pourtant déclarer : « Nous vivons dans un Etat laïque, et comme citoyens nous ne sommes pas appelés à un acte de foi, le parlement doit faire des lois non orientées par des principes religieux. » rien n’y fait !
Une fois de plus, il y a beaucoup de chemin à faire pour expliquer la laïcité !
Photo: © ewrobinson